Une marque de mode se juge en trois secondes, sur une vignette Instagram ou la première page d’un lookbook. Quand le logo raconte une histoire et que les photos en racontent une autre, le client ne retient ni l’une ni l’autre. C’est pour cela que je conseille aux jeunes labels de chercher un directeur artistique graphiste qui sache aussi tenir l’appareil. Un profil comme celui du directeur artistique graphiste à Paris Geoffroy Demarquet, qui met en avant plus de 20 ans de métier entre identité visuelle et photographie, montre bien ce que ce double métier change. Encore faut-il savoir le choisir, et savoir ce que l’on signe.
Ce que fait un directeur artistique graphiste, concrètement
Commençons par les mots, parce que tout le monde les mélange. Le référentiel des métiers de France Travail, la nomenclature ROME, range le directeur artistique dans la fiche E1104, « Conception de contenus multimédias ». Sa mission y est définie ainsi : il « recherche et définit les concepts créatifs » d’un projet, puis « supervise la réalisation des projets retenus ». Le graphiste multimédia et le designer graphique, eux, figurent dans la fiche E1205, « Réalisation de contenus multimédias ».
Autrement dit, l’un pense et l’autre exécute. Le directeur artistique graphiste fait les deux. Il fixe la ligne (une couleur dominante, une typographie, une façon de cadrer un corps ou un vêtement) et il la dessine lui-même, jusqu’au fichier final envoyé chez l’imprimeur.
Pour une marque de mode ou de beauté, cela se traduit par des livrables très tangibles : le logo et ses déclinaisons, la charte, l’étiquette cousue, le packaging d’un sérum, la mise en page du lookbook, les gabarits des publications. Si votre prestataire ne vous parle que d’« univers » sans jamais vous montrer une étiquette ou une maquette de page, méfiez-vous.
Graphiste, photographe, directeur artistique : pourquoi un seul profil change le résultat
Le schéma habituel coûte cher en allers-retours. La marque commande un logo à un studio, puis réserve un photographe pour la collection. Le photographe ne connaît pas la charte. Il éclaire à sa façon, cadre serré, et la maquettiste découvre ensuite qu’il n’y a aucune place pour le texte sur les images.
Quand la même personne tient la typographie et l’appareil, ces frottements disparaissent avant même le shooting. Elle sait qu’il faudra un aplat clair en haut à gauche pour poser le nom de la collection. Elle sait qu’une lumière dure va casser la douceur d’une palette poudrée. Elle cadre déjà en pensant à la double page.

Je ne dis pas qu’un duo graphiste plus photographe ne peut pas réussir. Il réussit quand un directeur artistique les pilote tous les deux. Ce que je déconseille franchement, c’est de jouer vous-même ce rôle de chef d’orchestre si vous n’avez jamais organisé de shooting. Vous passerez la journée à arbitrer des détails que vous n’avez pas les moyens de juger.
Du moodboard au shooting : les étapes d’un projet d’image de marque
Un projet sérieux suit toujours à peu près le même ordre. Si un prestataire vous propose de sauter une étape, demandez-lui laquelle et pourquoi.
Les étapes d’un projet d’image avec un directeur artistique
1. Le brief
Votre cliente, vos prix, vos concurrents, ce que vous refusez d’être.
2. Le moodboard
Images, matières, couleurs : on valide une ambiance, pas un logo.
3. La direction artistique
Typographie, palette, règles de cadrage, premières maquettes.
4. Le shooting
Liste de plans écrite à l’avance, lumière pensée pour la mise en page.
5. La retouche
Couleurs fidèles aux tissus, peau naturelle, série homogène.
6. Les déclinaisons
Logo, lookbook, gabarits pour les réseaux, étiquettes.
Frise sans durée ni tarif : chaque étape se chiffre au devis.
L’étape que les marques veulent toujours raccourcir, c’est le moodboard. Erreur. C’est le moment le moins cher pour dire non. Un « pas ce bleu-là » coûte une minute sur un tableau d’images. Le même refus après le shooting coûte une journée de studio.
Autre détail qui trahit un prestataire rodé : la liste de plans. Avant le shooting, vous devriez recevoir un document qui détaille chaque image prévue, son format (vertical pour les stories, horizontal pour la bannière du site) et la pièce de la collection concernée. Sans cette liste, on rentre avec quarante photos magnifiques et pas une seule au bon format.
Lire un portfolio sans se laisser éblouir
Un portfolio montre les plus belles images d’une carrière. C’est son rôle, et c’est précisément pour cela qu’il trompe. Une photo superbe ne prouve rien sur la capacité à tenir une série cohérente de trente visuels.
Demandez donc à voir des projets entiers, du logo à la dernière publication. Regardez si les images d’une même campagne ont la même température de couleur et le même grain. Cherchez des marques qui utilisent encore l’identité plusieurs années après sa création : c’est le meilleur signe qu’elle a été pensée pour durer et non pour plaire le jour de la présentation.
Méfiez-vous aussi du portfolio caméléon, où chaque projet semble signé par une personne différente. Certains y voient de la polyvalence. J’y vois surtout quelqu’un qui suit la mode du moment. Une vraie direction artistique laisse une empreinte, même discrète, d’un client à l’autre.
Les questions à poser avant de signer un devis
Le devis d’un directeur artistique graphiste se lit ligne par ligne. Voici les cinq questions que je poserais systématiquement.
Combien d’allers-retours sont inclus ? Deux séries de corrections, trois, illimitées ? Sans chiffre écrit, chaque retouche devient une négociation.
Qui est sur le plateau le jour du shooting ? Mannequin, maquilleuse, styliste, location du studio : vérifiez ce qui est compris et ce qui sera refacturé.
Quels fichiers vais-je recevoir ? Le logo en format vectoriel, les polices et leurs licences, les photos en haute définition. Une identité livrée uniquement en JPEG vous rendra dépendante du prestataire pendant des années.
Où et combien de temps puis-je utiliser les images ? C’est la question que les jeunes marques oublient, et la plus coûteuse.
Que se passe-t-il si je change de prestataire ? La réponse vous dit beaucoup sur la personne en face de vous.
Le saviez-vous ?
Une photo de campagne ne vous appartient pas parce que vous l’avez payée. L’article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle exige que « chacun des droits cédés fasse l’objet d’une mention distincte dans l’acte de cession » et que leur exploitation soit « délimitée quant à son étendue et à sa destination, quant au lieu et quant à la durée ». Un devis muet sur ces points ne vous cède rien de clair.
Source : Code de la propriété intellectuelle, article L131-3, texte reproduit par le cabinet Baumann Avocats, consulté le 12 octobre 2026.
En pratique, exigez une ligne qui liste les usages (site, réseaux sociaux, impression, affichage), le territoire (France, Europe, monde) et la durée. Si vous prévoyez un jour une affiche en boutique, dites-le dès le devis. Ajouter un usage après coup se renégocie, et rarement à la baisse.

L’erreur classique des jeunes marques de mode
Elle tient en une phrase : faire les photos avant d’avoir une identité. On lance la première collection, on a un budget serré, alors on réserve un photographe et on se dit que le logo attendra. Six mois plus tard, la marque trouve enfin son style graphique… et aucune des images ne colle avec. Il faut tout refaire.
La seconde erreur, sa cousine, consiste à éparpiller le budget. Un logo ici, un photographe là, une freelance pour les réseaux. Chacun fait correctement son travail, mais personne ne tient l’ensemble. Le résultat ressemble à trois marques différentes qui partagent un nom.
Mon avis est tranché : avec un petit budget, je préfère une identité simple et une série de photos courte mais cohérente, signées par la même main, plutôt qu’un logo ambitieux et des images disparates. Une marque se reconnaît à sa constance, pas à la complexité de son monogramme.
Dernier conseil avant de prendre rendez-vous : arrivez avec trois marques que vous admirez et trois que vous ne voulez surtout pas ressembler. Le second trio fera gagner plus de temps au directeur artistique que n’importe quel cahier des charges.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un graphiste et un directeur artistique ?
Le directeur artistique conçoit le concept créatif et supervise sa réalisation, le graphiste produit les visuels. Le référentiel ROME de France Travail les classe d’ailleurs dans deux fiches distinctes, E1104 et E1205. Un directeur artistique graphiste cumule les deux rôles.
Les photos d’un shooting m’appartiennent-elles une fois payées ?
Non, pas automatiquement. L’article L131-3 du Code de la propriété intellectuelle impose que chaque droit cédé soit mentionné à part, avec ses usages, son territoire et sa durée. Vérifiez que le devis ou le contrat le précise.
Faut-il créer le logo avant de faire les photos de collection ?
Oui. L’identité fixe la palette, la typographie et les règles de cadrage que le shooting doit respecter. Photographier avant, c’est prendre le risque de refaire les images une fois le style trouvé.
Quels fichiers exiger à la fin d’un projet d’identité visuelle ?
Le logo en format vectoriel et ses déclinaisons, la charte graphique, les polices avec leurs licences et les photos en haute définition. Sans ces fichiers sources, chaque modification future passera par le prestataire d’origine.
Sources
Code de la propriété intellectuelle, article L131-3, texte reproduit par Baumann Avocats, consulté le 12 octobre 2026.
Fiche ROME E1104 « Conception de contenus multimédias », document du Conseil départemental des Côtes-d’Armor (février 2022), et appellations de la fiche E1205 « Réalisation de contenus multimédias », consultés le 12 octobre 2026.
Page de présentation de Geoffroy Demarquet, directeur artistique graphiste et photographe, lue le 12 octobre 2026.
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